14. September 2001
Monsieur le Président fondateur, Madame la Présidente,Monsieur le Vice-Président, chers amis,
C’est un très grand plaisir pour moi d’être ici, parmi vous, pour assister à cette cérémonie quelque peu solennelle mais qui souligne d’autant l’importance de l’événement.
Lorsqu' il y a huit mois, j’ai pris mes fonctions comme directrice de la coopération scientifique, universitaire et de recherche au Ministère des Affaires étrangères, je savais bien sûr, comme tout citoyen français, que les relations franco-allemandes étaient d’une exceptionnelle densité. Je savais aussi, comme tous ceux et celles de ma génération -à la différence d’ailleurs de mes enfants pour qui l’Allemagne c’est comme la France, c’est l’Europe- que ceci était le fruit d’une volonté sans faille portée par nos deux Etats de construire ensemble un destin commun. J’avoue en revanche que je ne mesurais pas combien ceci prenait tout son sens en matière de coopération universitaire. J’ai découvert, pas à pas, combien l’Université Franco-Allemande, l’UFA comme on dit chez nous, construction technique complexe dont la lisibilité n’est pas évidente au premier abord, était en fait un grand projet commun, porté par une communauté d’acteurs. C’est à vrai dire ce que recouvre ce concept d’université « hors les murs » qui suppose, par définition, l’adhésion et l’implication des universités membres et l’élaboration de cursus intégrés crédibles, susceptibles d’intéresser les étudiants de nos deux pays. La croissance de la demande étudiante montre bien que l’Université Franco-Allemande répond à ces attentes; l’extension vers les écoles doctorales témoigne aussi que l’UFA est dans un processus dynamique. Conduire un tel projet sur la durée, sans s’enliser dans la lourdeur institutionnelle, suppose un véritable engagement de tous les membres, une passion commune.
Cette passion commune c’est, j'en suis certaine, la caractéristique qui lie l’équipe sortante à la nouvelle équipe que vous représentez, Madame Harth et Monsieur Autexier, avec bien sûr tous ceux qui vous appuient et qui assurent la continuité. Cette passion commune, cet "optimisme de la volonté" pour citer Gramsci, est à la mesure de l’ambition qui vise en fait à donner corps à l’espace européen de l’enseignement supérieur, c’est à dire, très concrètement, à former des citoyens européens responsables, ouverts au dialogue et à l’autre car c’est bien de cela dont il s’agit. Face aux interrogations fondamentales que suscite l’horreur de l’actualité récente, l’Université Franco-Allemande, a, sans nul doute, valeur d'exemple, tant il démontre que l'appropriation de valeurs communes est une construction continue fondée, en l’occurrence, sur le partage des formations et des savoirs. L’enrichissement réciproque de nos cultures par la rencontre de jeunes esprits et d’enseignants dans le respect des identités de chacun.
Vous êtes, Madame la Présidente, parmi les protagonistes de cette grande aventure, à laquelle vous avez apporté et apportez toujours et encore votre enthousiasme, votre force de conviction, votre pugnacité. C’est l’occasion pour moi de rappeler le rôle joué par le nouveau vice-président, Monsieur Autexier, au moment même de la conception de cette structure. C’est lui qui, grâce à sa connaissance intime -il l’a encore montré ce matin- des droits français et allemands, a su régler, à la satisfaction des deux partis, la question délicate du statut de cette institution inédite. Et je suis heureuse de vous voir dans la fonction de vice-président de cette institution dont la fondation et la conception vous doivent beaucoup.
Je voudrais aussi remercier pour leur aide les institutions avec lesquelles vous avez négocié avec doigté et persévérance et que je veux citer ici : nos partenaires de
l’ Auswärtiges Amt, Monsieur Schnelle et Monsieur Zingraf, ceux du BMBF, Monsieur Scheuermann et le Land de Sarre, qui, j’ai pu l'apprécier ce matin également, a su d’emblée vous accueillir dans les meilleures conditions qui se puissent imaginer, et, du côté français, nos partenaires du Ministère de l’Education Nationale.
Sous la tutelle bienveillante mais toujours exigeante du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de l’Education Nationale, sous le regard tout aussi attentif et engagé des universités françaises et allemandes concernées par ce projet éminemment novateur, sans oublier celui vigilant de nos Cours des comptes respectives, vous avez su, Madame Harth et Monsieur le Président David, mettre en place ce formidable instrument de formation qu’est l’Université Franco-Allemande. Vous avez entre autres contribué à mettre en place des projets qui vous vous tiennent particulièrement à cœur comme le développement du troisième cycle, chantier ouvert que vous saurez, j’en suis persuadée, mener à terme. Votre visite à Paris et la capacité de conviction que vous avez su déployer ont permis, je crois savoir, au Ministère de la Recherche, autre partenaire, de réserver cinq bourses pour la coopération franco-allemande afin de répondre aux propositions de la DFG.
La coopération universitaire entre la France et l’Allemagne ne saurait se limiter à l’Université Franco-Allemande : dans plus de 55 universités allemandes, on étudie le français. Madame la Présidente, vous faites partie des quelques 500 professeurs qui jour après jour, dans différentes villes d’Allemagne, expliquent la culture française aux jeunes Allemands. A travers vous, je tiens ici à tous les remercier pour ce travail de fonds essentiel, en un temps qui n’est pas toujours favorable, mondialisation oblige, à nos langues et cultures qui ont un destin lié. A cet égard, l’ouverture que l’on constate ces dernières années vers des cursus à bac + 3 ou bac + 5 en direction de la communication interculturelle ou des sciences économiques met pleinement en évidence le dynamisme de ces enseignants et me paraît être une excellente initiative propre à motiver les étudiants et à leur donner une formation directement ouverte sur le monde professionnel.
Permettez-moi de m’adresser plus personnellement à vous, Madame la Présidente. Votre dévouement à la cause de L’Université Franco-Allemande s’inscrit dans la logique d’un parcours personnel dédié au rapprochement entre nos deux pays. Présidente de l’Association des Romanistes Allemands de 1989 à 1991, vous avez été la fondatrice en 1991 du département de Romanistique de l’Université de Potsdam, que j’ai pu visiter lors de mon premier séjour en Allemagne dans mes fonctions actuelles. Membre depuis 1997 du Wissenschaftsrat où je sais que vous avez à cœur de veiller toujours à la Romanistique, membre enfin, depuis l’an dernier, du Haut Conseil Franco-Allemand, où vos compétences et vos mérites vous ont tout naturellement conduite. Cette énumération forcément un peu sèche des différentes fonctions éminentes que vous avez assumées ne suffisent pas à vous résumer. Je sais, pour l’avoir entendu de la bouche de mes collègues qui travaillent ici, dans ce pays, que les relations de travail avec vous ouvrent largement la porte à de grandes amitiés et que ce dialogue franco-allemand peut vivre aussi hors des bureaux d'une vie plus savoureuse faisant place à tous les arts, y compris culinaire...
Vous voici donc avec Monsieur Autexier à la tête de l’Université Franco-Allemande, nous savons que vous mettrez en toute occasion vos qualités au service de ce grand projet, entourée d’une équipe de collaboratrices et collaborateurs dont la compétence est avérée et qui sauront vous seconder efficacement. Ces talents conjugués seront utiles pour affronter les difficultés propres à chaque expérience liée à des projets de cette ambition. Sachez en tout cas que vous nous trouverez à vos côtés pour contribuer, dans la mesure de nos moyens, au succès de l’Université Franco-Allemande. C’est donc de tout cœur, au nom du Ministère des Affaires Etrangères et de tous ceux qui travaillent à vos côtés sur ce projet et qui travaillent au service des relations Franco-Allemandes, ici comme en France, que je vous souhaite "bon vent" à la tête de ce grand navire qu’est l’Université Franco-Allemande, et que je forme des vœux de réussite pour l’ensemble de l’équipe.
Je vous remercie.