Rencontre d’experts franco-allemands sur le numérique

L’Université franco-allemande (UFA) a organisé le 25 octobre dernier une rencontre d’experts franco-allemands dédiée à la transition numérique à l’Institut Mines-Télécom à Paris. Trois groupes de travail consacrés respectivement à la standardisation de l’industrie du futur, aux enjeux éthiques de l’intelligence artificielle et au numérique dans l’enseignement supérieur ont permis à quelque 40 experts français et allemands d’échanger sur les diverses questions soulevées par la transition numérique et de réfléchir aux perspectives de coopération dans ce secteur.

« L’UFA est convaincue qu’une intensification de la coopération franco-allemande dans le domaine des nouvelles technologies peut constituer l’élément moteur d’une dynamique européenne plus globale et se voit confortée en ce sens par le Traité d’Aix-la-Chapelle. Voilà pourquoi elle soutient depuis plusieurs années les coopérations scientifiques mises en œuvre dans le domaine du numérique entre nos deux pays », a déclaré le Professeur David Capitant, président de l’UFA, dans son allocution de bienvenue.

Les débats au sein des trois groupes de travail ont permis de dégager les résultats suivants :

Industrie du futur : standardisation des modèles d’architecture de référence, identification des standards pertinents, harmonisation de l’enveloppe de gestion (administration shell)

Les experts se sont accordés à dire que l’existence de standards communs est essentielle au bon fonctionnement de l’industrie numérique. Les principales caractéristiques des standards de production numérique sont la compatibilité, l’ouverture, l’adaptabilité, les mécanismes Plug and Play et la sécurité. Des exemples concrets dans ce domaine ont été fournis par Maxime Lefrançois (École des Mines de Saint-Étienne) lors de son exposé introductif sur les modèles de connaissances de référence pour les applications intelligentes, ainsi que par Michael Beigl (Karlsruher Institut für Technologie) dans son intervention sur l’accélération de l’analyse des données dans l’industrie. Antoine Garnier de l’International Data Spaces Association a souligné l’importance d’un écosystème de données ouvert et indépendant des constructeurs qui repose sur une communication peer-to-peer.
Afin d’impulser une réelle dynamique à l’industrie du futur au niveau européen, les experts recommandent qu’acteurs de l’industrie et acteurs de la recherche continuent à se réunir pour débattre et coordonner les processus de standardisation existants.

Éthique et Intelligence artificielle (IA)

Dans son exposé introductif, la professeure Katharina Morik (Technische Universität Dortmund) a insisté sur la nécessité d’une équité et d’une intelligibilité des systèmes d’IA (notamment des processus d’apprentissage automatique), garantissant simultanément le respect de la sphère privée. Il est particulièrement important de remédier sur le long terme aux analyses biaisées de données à l’aide de connaissances théoriques en provenance de différents domaines de spécialisation. Cela ne peut être obtenu qu’en développant la recherche interdisciplinaire dans ce secteur. Le professeur Philipp Slusallek (Deutsches Forschungszentrum für Künstliche Intelligenz) a mis l’accent sur l’importance du développement d’informations synthétiques, à l’aide desquelles les machines pourraient exécuter des décisions dans le monde réel. Il conviendrait par ailleurs que les systèmes d’IA puissent s’appuyer sur de solides modèles technologiques et sociaux. Notre monde étant en pleine mutation, ceci doit se faire par le biais de processus continus qui permettent simultanément de préserver la liberté et l’autonomie de l’être humain. Julien Carme (Worldline) a souligné, quant à lui, que les applications de l’IA peuvent améliorer les rapports et la communication entre clients et entreprises, mais qu’il serait également nécessaire qu’elles fournissent des informations sur l’utilisation des données à caractère personnel. De même, les clients devraient pouvoir comprendre comment on aboutit par ex. à une recommandation d’achat ou à une hausse de prix (notamment dans le domaine des primes d’assurance).
Tous les participants étaient d’avis qu’il revient à l’UE de créer et de contrôler la mise en place d’une IA centrée sur l’humain et fondée sur les valeurs de l’Europe, afin d’éviter que ce contrôle ne soit exercé en priorité par les États ou les entreprises. C’est le seul moyen de gagner la confiance des citoyens. Dans ce cadre, les débats ont porté sur la mise en place de certaines mesures telles que des modèles de projets participatifs citoyens ou la création de certificats pour systèmes d’IA dignes de confiance.

Le numérique dans l’enseignement supérieur

La France et l’Allemagne aspirent toutes deux à élargir leur offre et à accroître leur recours aux ressources éducatives libres (REL). Dans son intervention, Mehdi Gharsallah, conseiller stratégique pour le numérique auprès du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), a évoqué entre autres le Plan national pour la science ouverte et FUN, la plateforme nationale de MOOC. Pour l’Allemagne, Peter Hassenbach du Bundesministerium für Bildung und Forschung (BMBF) a souligné le rôle du Hochschulforum Digitalisierung et attiré l’attention sur l’actuel appel à projets de son ministère sur la mobilité mixte (blended mobility) publié en coopération avec le DAAD. Quand, du côté français, l’accent est mis sur une coordination centralisée, l’Allemagne mise plutôt sur la promotion d’initiatives régionales. Cependant, il est indispensable de mettre en place une coopération franco-allemande et européenne dans ce domaine. La professeure Nadine Rentel a ensuite présenté des approches didactiques concrètes ayant été exposées lors de la manifestation « Enjeux et défis du numérique pour l’enseignement universitaire » organisée sous sa direction. Ces approches pourraient constituer une source d’inspiration pour les autres experts dans la mise au point de concepts d’enseignement et d’apprentissage innovants. Les experts ont décidé que devait être poursuivi le développement de la gestion et de l’échange international de données sur les étudiants (à l’aide par ex. du programme « ERASMUS+ Virtual Exchange », bien entendu en stricte conformité avec le RGPD). En outre, il serait important que les examens passés dans d’autres établissements puissent bénéficier d’une pleine reconnaissance sur la base des normes déjà existantes en la matière. Des solutions de blockchain pourraient permettre de confirmer l’authenticité des certificats.

Sur la base des résultats de leurs discussions, les experts ayant participé aux trois groupes de travail demeureront en contact et donneront suite aux objectifs stratégiques mentionnés. Diverses propositions concrètes en vue de l’organisation d’autres rencontres doivent être élaborées dans un proche avenir.


Contact presse :

Sandra LEEDER | +49 681 938 12 322 | leeder@dfh-ufa.org


Communiqué de presse en version PDF :

UFA_Communiqué de presse : Rencontre d’experts franco-allemands sur le numérique