Marché de l'emploi et perspectives professionnelles pour les docteurs en Allemagne

 

Extraits traduits d’un article paru dans le magazine « Forschung » 1/2010, p.24-27

Avec l’aimable autorisation de l’auteur Dr. René Krempkow

 

 

Les docteurs s’en sortent mieux que les autres diplômés : c’est ce qu’a révélé l’étude menée auprès des titulaires d’un doctorat pour le rapport fédéral sur le soutien aux jeunes chercheurs en Allemagne (BuWIN 2008). La majorité d’entre eux occupe des emplois hautement qualifiés et bien rémunérés (environ 70%). 10% sont sur des postes ne correspondant pas à leur niveau de formation. Les probabilités d’occuper un poste adéquat ne dépendent pas seulement du diplôme. Le secteur d’activité en particulier et la discipline étudiée sont également importants. D’autres facteurs de réussite tels que les facteurs personnels peuvent aussi entrer en ligne de compte.

Quelles sont les chances des docteurs sur le marché de l’emploi privé et public ? De quoi dépendent-elles ? […]

 

  1. Leurs chances sur le marché de l’emploi public et privé

Le principe du « doctorat = carrière universitaire » n’est pas aussi imprégné en Allemagne qu’il ne peut l’être dans d’autres pays voisins, comme la France par exemple. Embrasser la carrière universitaire en Allemagne passe par l’ « Habilitation » ou un poste de « Juniorprofessor » (cf. rapport BuWIN). Pour beaucoup de jeunes chercheurs, les premières années après la thèse représentent une nouvelle phase d’orientation et d’analyse de leurs différentes options dans et en dehors de l’université [1]. Sur la base des études réalisées à ce jour, on a pu constater que les docteurs n’ayant eu que très peu de contacts avec le monde universitaire de par leur mode de financement (par exemple les docteurs ayant choisi de faire leur thèse en « externe ») auront du mal à poursuivre une carrière universitaire. Une grande majorité des docteurs travaillent de ce fait dans le secteur privé [2]. Les docteurs issus de toutes les disciplines et travaillant dans le secteur privé ont de plus grandes chances d’obtenir un poste de direction et des salaires plus élevés : c’est ce qui explique vraisemblablement que 10 ans après l’obtention du doctorat, la majorité des docteurs travaillent en dehors de l’université (cf graphiques).

 

On constate également des différences de salaires chez les docteurs ayant fait l’objet d’un financement de la DFG et à forte orientation académique : ceux qui sont allés dans le privé gagnent plus que ceux qui travaillent dans le public (fonction publique ou université). Cela vaut également pour toutes les disciplines quoique dans des proportions différentes [3]. Il ne s’agit pas ici d’aborder les différentes causes possibles [4] mais plutôt de communiquer sur un fait a priori peu connu, si l’on considère les réactions d’étonnement des personnes interrogées. On ne dispose pas de résultats pour la période d’après-crise : selon une étude réalisée sur plusieurs décennies, il semblerait que les docteurs soient moins touchés en période de crise [5]. C’est ce que montrent également les premiers résultats d’un projet de coopération porté par le INCHER Kassel.

 

Ce désavantage de la carrière académique est cependant compensé par une très grande satisfaction au travail liée en particulier à la très grande autonomie accordée [6]. Parallèlement à la discipline et le secteur d’activités, d’autres facteurs potentiels de réussite identifiés par l’analyse de déterminants peuvent être pris en compte. […] Les résultats de cette analyse ont montré que les facteurs de réussite les plus importants n’étaient pas forcément ceux que l’on attendait comme par exemple une durée de formation courte ou de bonnes notes. Cela s’est également confirmé récemment lors du sondage des diplômés bavarois réalisé par l’institut IHF de Munich (Falk 2009) ou dans l’étude menée par l’institut HIS (Grotheer 2009) ainsi que dans d’autres études antérieures (Krempkow 2007).

 

  1. Quels sont les facteurs importants pour la réussite professionnelle dans le privé ou le public ?

Selon des études empiriques, les critères importants pour le secteur privé sont l’expérience professionnelle, les compétences sociales, les séjours à l’étranger, le plan de carrière mais aussi les caractéristiques sociobiographiques (deux éléments préjudiciables : être de sexe féminin et avoir des enfants).

 Dans le secteur académique, d’autres aspects sont plus importants que ceux évoqués pour le secteur privé. Viennent en priorité la satisfaction au travail (grande autonomie et reconnaissance professionnelle) et des perspectives d’avenir prévisibles [7]. Des  facteurs liés à l’environnement académique sont importants pour parvenir à une plus grande satisfaction au travail et à une stabilité d’emploi : note de thèse, année d’obtention du doctorat, réseau et ancrage dans le monde académique et publications [8]. Parmi les facteurs jouant en leur défaveur : avoir connu des périodes de chômage, être de sexe féminin, avoir des origines sociales basses [9].

 

 


[1] BuWIN 2008 ; Janson 2007, p.76 ; Enders/Bornmann 2001

[2] BuWIN 2008, p.121, 130

[3] Enders/Mugabushaka 2004, p.29

[4] cf. Janson 2007, Webler 2009, BuWIN 2008, Krempkow 2009b, Grühn 2009

[5] cf. Hartmann/Kopp 2001

[6] Krempkow 2008

[7] (Krempkow 2007, p.250, 2009b, p.4

[8] Enders/Bornmann 2001

[9] Enders/Bornmann 2001 ; Krimmer 2003, p.22 ; Lenz 2006, p.456f ; Krempkow 2009a